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Témoignage: l'impact de la Covid-19 sur les LGBTI en Ouganda

Paris - Kampala, 3 novembre 2020

Après le Togo et le Kenya, nous poursuivons nos interviews de défenseurs sur l'impact de la COVID-19 sur les populations vulnérables en Ouganda.

Tom Twongyeirwe Junior est un défenseur des droits humains en Ouganda et coordinateur de l'ONG Universal Coalition of Affirming Africans Uganda (UCAA-UG).

Il nous parle des atteintes et violations des droits humains subis par la communauté LGBT en Ouganda et nous explique comment cette situation a été exacerbée par la pandémie de la COVID-19.

 

Quelle était la situation des personnes LGBT en Ouganda avant la COVID-19 ?

La situation des personnes LGBT en Ouganda reste dangereusement vulnérable aux violations des droits humains, la pauvreté et la discrimination. La haine envers les personnes LGBT est nourrie par les leaders religieux qui maintiennent toujours les croyances que l’homosexualité est  immorale, non naturelle, non africaine et satanique. Comme L’Ouganda est un pays chrétien, les leaders religieux sont aussi des leaders d’opinion qui ont de l’influence auprès des communautés mais aussi au niveau politique. L’Ouganda est une nation religieusement diverse et la chrétienté est la religion la plus professée. Selon le recensement de 2014, plus de 84% de la population est chrétienne, alors que 14% de la population adhère à l’Islam.

Ainsi, comme toutes les références dans la Bible aux relations sexuelles entre personnes de même sexe sont indéniablement négatives, le discours anti-LGBTI influence une grande partie de la population ougandaise. Les leaders religieux qui ont des maisons de presse, utilisent les médias pour que leur discours soit entendu par un plus grand public et dans les sermons les personnes LGBTI sont condamnées comme des personnes destinées à aller à l’enfer. De même, les personnes LGBTI subissent de la pression d’abandonner l’église et de vivre en se cachant de la persécution. En 2009, des leaders religieux de la Family Life Network Uganda ont invité l’américain Scott Lively, un prêtre anti-homosexuel, d’organiser une conférence.

Sur le plan juridique, des rapports sexuels consensuels entre personnes de même sexe sont illégaux en Ouganda. La loi criminalise le savoir charnel de chaque personne contre l’ordre de la nature et prévoit des peines allant jusqu'à l'emprisonnement à perpétuité. Cela combiné avec les bases culturelles en Ouganda et le résultat est un climat profondément homophobe qui fait de l’Ouganda un endroit difficile pour un plaidoyer pro-LGBTI.

Les personnes LGBTI subissent des restrictions légales, la discrimination et l’exclusion, le harcèlement sociétal et la violence, l’intimidation et des menaces de violence physique et sont confrontées à des obstacles pour accéder à des informations et services adéquates en matière de santé. Rien de surprenant que l’Ouganda occupe la 2e place parmi les 12 nations dans le monde les plus hostiles envers les personnes LGBTI avec l’animosité largement répandue par des leaders religieux qui prêchent contre les personnes LGBTI et leurs familles, influençant le climat politique et social. Malheureusement, même les leaders religieux qui affirment les droits des personnes homosexuelles en Ouganda ont été stigmatisés et isolés de leurs communautés. Les personnes LGBTI ont été privées de l’opportunité de faire une contribution à l’agenda de développement et à la survivance. Par exemple, elles sont expulsées des écoles, même celles qui ont reçu éducation sont discriminées sur le marché de travail. Les personnes LGBTI subissent des discriminations en matière de santé, par exemple accédant à des services liés au HIV, expulsées des logements.  

Même si des efforts ont été faits pour engager le domaine religieux avec un certain degré de succès, dans le but d’influencer ce modèle profondément enraciné, la lutte exige un effort bien réfléchi, concise et concentré d’une perspective de foi de la part de la communauté LGBT, des amis et des alliés. Tenant compte de l’influence que les leaders religieux exercent la cible doit être envers ces leaders dans le but de transformer l’homophobie en tolérance.  

Comment la pandémie de la COVID-19 a-t-elle affecté les personnes LGBT en Ouganda et leurs droits ?

Quand la COVID-19 a été annoncée en Ouganda, les leaders religieux ont rapidement appelé les gens à se repentir de leurs péchés et les relations entre personnes de même sexe/ la communauté LGBT était le groupe terriblement désigné comme la cause de la colère de Dieu sous la forme de la COVID-19.

La pandémie a négativement affecté le monde entier mais plus particulièrement la communauté LGBT. Nous avons notamment relevé

  • une baisse de revenu parmi la communauté LGBT : le confinement a été l’un des effets majeurs de la COVID-19, mais particulièrement beaucoup des personnes LGBT n’avaient pas de travail avant cela et cela n’a fait qu’empirer la situation puisque même l’accès aux emplois est maintenant plus difficile et le chômage a été un problème majeur qui fait que c’est difficile de vivre une vie normale.
  • une stigmatisation sociale accrue: Les leaders religieux en Ouganda ont cité l’homosexualité comme l’une des causes de la colère de Dieu donc la COVID-19 et par conséquent la stigmatisation et la discrimination ont accru spécialement parmi les communautés où nous vivons.  
  • une augmentation des problèmes de santé mentale: A cause du confinement et du fait que les gens ne peuvent pas se rassembler en grand nombre, il était difficile de rassembler des gens a des évènements où ils se socialisent et se rencontrent, par conséquent un ralentissement des activités sociales qui permettent aux gens de se rencontrer et créer des liens. Avant le confinement, les personnes LGBT avaient des bars, des clubs et des hôtels où elles se rencontraient et s’encourageaient l’un l’autre mais à cause du confinement ces endroits ont été fermés et maintenant elles ne peuvent pas se voir, s’encourager et se motiver l’un l’autre ce qui en plus des autres effets de la COVID-19 a provoqué la dépression et la frustration qui causent des problèmes de santé mentale.
  • la difficulté à accéder aux services et besoins de base: Pendant le confinement, le gouvernement a donné un coup de main sous la forme de secours alimentaire à ceux qu’ils ont considérés comme des personnes vulnérables. Les personnes LGBT n’étaient pas inclues parmi ces personnes vulnérables ce qui les a laissées sans solution et sans espoir de voir demain. Trois organisations dirigées par des personnes LGBT ont dû tracer la voie, mobiliser des ressources et aider leurs membres à traverser cette période difficile, mais à cause des ressources limitées, l’assistance fournie ne pouvait pas être suffisante. En plus des difficultés de trouver un emploi à cause de la discrimination, même ceux qui avaient des emplois ont été licenciés et les commerces ont fermés, les personnes LGBT peuvent à peine s’offrir un repas à part d’être rejetées par leurs amis et familles à cause de leur orientation sexuelle.  

En avril 2020, des experts de l’ONU ont exprimé leurs préoccupations que le gouvernement ougandais pourrait utiliser les lois d’urgence pour cibler des personnes LGBT. Quelle est votre opinion ?

Je ne dirais ni « oui » ni « non ». Comme mentionné précédemment, la pandémie a affecté presque tout le monde sur la terre mais bien sûr il faut être noté que les groupes qui subissaient déjà des violations des droits humains et de discrimination étaient plus affectés et la COVID-19 était comme ajouter de l’huile sur le feu.

Parlant des personnes LGBT en particulier, les niveaux de torture et de discrimination sont pires que pour d’autres membres des populations clés. Elles font face à des discriminations et la torture de la part de la société ainsi que dans la sphère juridique de la gauche, la droite et le centre. La communauté LGBT est vraiment confrontée à une période très difficile. Il y a des cas de violence à l’encontre des personnes LGBT enregistrés pendant la pandémie, y compris la perquisition dans les refuges des LGBT et beaucoup d’autres ce qui est si injuste. Cependant, n’oubliant pas la nature universelle des droits humains, il ne faut pas ignorer les nombreuses autres personnes de la société qui se sont senti victimes de torture pendant la pandémie notamment à cause de la mise en œuvre des procédures opératoires standardisées.

Cela inclut des femmes enceintes qui meurent à cause d’un accès aux services de santé refusé/très limité, un nombre accru de mariages précoces, des cas de viol et détournement des filles mineures, des raclées violentes aux femmes, patients qui cherchent de l’assistance médicale et d’autre gens notamment pendant la mise en œuvre du couvre-feu. En général, la pandémie de la COVID-19 est un cauchemar qui n’a pas négativement affecté qu’un seul groupe en particulier, mais la majorité des membres de la communauté.

Alors que des personnes LGBT ont été détenues, nombreuses d’autres membres de la communauté innocents, y compris des femmes et d’autres l’ont été aussi. Sur une note très triste, beaucoup de gens ont perdu leur vie à cause des fusillades de la police, de la famine et des maladies. En général, la pandémie a vraiment affecté la majorité des membres de la communauté, notamment les personnes à faible revenu et les membres des populations minoritaires.