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Le 28 juillet, célébrons les 10 ans des droits à l'eau et à l'assainissement

Paris, le 28 juillet 2020

Aujourd'hui, nous célébrons le 10e anniversaire de l'adoption par l'Assemblée générale des Nations Unies de la résolution 64/292 qui reconnaît explicitement les droits humain à l'eau et à l'assainissement et reconnaît que l'eau potable et l'assainissement sont essentiels à la réalisation de tous les droits humains.

Nous regrettons que 10 ans après l’adoption de cette résolution, les droits à l’eau et à l’assainissement continuent de faire l’objet de violations systématiques dans le monde entier. Alors que les bonnes pratiques d'hygiène sont la principale mesure pour empêcher la propagation du COVID-19, l'accès à l'eau potable et aux installations de lavage des mains reste un privilège que de nombreuses personnes ne peuvent se permettre.

Pour l’occasion, Human Dignity publie sa seconde interview de défenseurs engagés sur les DESC et l'impact de la crise sanitaire et se mobilise au travers de la campagne « L’eau est un droit ».

L'EAU ET L'ASSAINISSEMENT DANS LES ZONES D'HABITAT INFORMEL AU KENYA

Mme Samantha Oswago, avocate spécialisée dans les droits humains au East African Centre for Human Rights (EACHRights) - Kenya , nous explique comment les personnes vivant dans des établissements informels au Kenya ont été laissées pour compte sans accès à l'eau et à l'assainissement et sans moyens de se protéger contre le COVID-19. 

Le cadre juridique kenyan reconnaît-il le droit à l'eau et à l'assainissement?

Le droit de tous les Kenyans à une eau salubre et de qualité en quantité adéquate est inscrit à l'article 43 de la Constitution du Kenya de 2010. Ce droit englobe le droit à l'eau potable, à un assainissement de base et à de bonnes pratiques d'hygiène. Au-delà de la Constitution, le Kenya s'est engagé à atteindre l'Objectif de Développement Durable 6 qui vise à atteindre un accès universel et équitable à une eau potable sûre et abordable pour tous d'ici 2030.

Le gouvernement kenyan a-t-il pris des mesures spécifiques pour garantir le droit à l'eau et à l'assainissement face à la pandémie de COVID-19, y compris pour les populations les plus vulnérables?

Avec la confirmation du premier cas de COVID-19 au Kenya à la mi-mars 2020 et dans la poursuite des recommandations émises par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le gouvernement a exhorté le pays à adhérer aux directives de l'OMS sur le lavage des mains, l'hygiène et la distance physique.

Cependant, cette directive s'est avérée difficile à mettre en œuvre, en particulier dans les zones urbaines d'habitat informel. Ces établissements ont souvent un accès limité à l’eau potable et à l’assainissement de base. L'eau doit souvent être achetée auprès de vendeurs d'eau privés, parfois à des tarifs exorbitants. Deuxièmement, par nature, les zones urbaines d'habitat informels sont densément peuplées et la notion de distance physique est donc presque impossible.

Il est regrettable que la vulnérabilité des habitants des quartiers informels ait été encore exacerbée par les expulsions sanctionnées par le gouvernement, en particulier dans le contexte du paysage actuel du COVID-19.

Malgré une ordonnance du tribunal rendue le 3 mai 2020 qui a effectivement empêché les autorités de procéder à une expulsion, environ 8000 personnes ont été expulsées de force de la zone de Kariobangi le 4 mai. Un avis verbal n'a été émis que 24 à 48 heures à l'avance, sans aucune mesure préalable pour fournir au moins un abri, un accès à l'eau et à l'assainissement ou tout type de compensation. Cette situation s’est reproduite le 15 mai 2020 lorsque plus de 1 500 personnes ont été forcées de quitter leur domicile à Ruai la nuit, après les heures de couvre-feu et sous de fortes pluies.

Ces expulsés vivent désormais dans des conditions dépourvues d'eau potable, d'assainissement et de peu de place pour se distancier. Avec l'épidémie de COVID-19 qui menace le pays, cette situation ne peut être décrite que comme une bombe à retardement.

Quelles sont les mesures que le gouvernement kenyan devrait prendre pour garantir sa conformité aux normes nationales et internationales ?

Le droit à l'eau potable et à l'assainissement est un droit inaliénable tel que prévu par la Constitution kenyane. Le gouvernement est donc pleinement et entièrement obligé de mettre un terme à toute expulsion envisagée pendant cette période précaire et de fournir des abris alternatifs, de l'eau potable et des installations sanitaires pour freiner la propagation de l'épidémie de COVID-19. On pourrait dire que la véritable mesure d'un État réside dans la manière dont il traite ses sujets les plus vulnérables.

 

CAMPAGNE L'EAU EST UN DROIT : L'EAU NE SE MERITE PAS, C'EST UN DROIT!

Communiqué

Ce 28 juillet 2020 marque le dixième anniversaire de la reconnaissance des droits humains à l'eau et à l'assainissement par l'Assemblée générale des Nations unies (A/RES/64/292). En pleine période de crise sanitaire, cette date nous rappelle l’importance vitale d’un accès universel à l’eau et à l’assainissement et questionne les avancées réalisées en la matière.

10 ANS APRES, OU EN SOMMES-NOUS ?

Les défis de l’accès universel à l’eau et à l’assainissement restent immenses en France et dans le monde : 2,2 milliards de personnes dans le monde vivent sans accès à une eau saine et 4,2 milliards de personnes ne bénéficient pas d’installations sanitaires sûres. En France métropolitaine, 1,4 million de personnes sont sans accès à une eau saine et 7,5 millions de personnes ne bénéficient pas d’installations sanitaires adaptées. En Outre-Mer, ces chiffres sont encore plus alarmants, dévoilant des situations quotidiennes dramatiques.

L’épidémie de Covid-19 a rendu visible de manière extrêmement forte la nécessité vitale de l’eau ainsi que les injustices qui y sont liées : comment éviter la propagation du virus en se lavant régulièrement les mains, si un accès à l’eau n’est pas garanti ? Les milliards de personnes qui n’ont pas accès à ces services essentiels sont exposées de manière exacerbée à la pandémie du coronavirus, mais également à de nombreuses autres maladies évitables comme la diarrhée, le choléra, la rougeole, la pneumonie ou encore l’hépatite A.

NOTRE MOBILISATION : LA CAMPAGNE L’EAU EST UN DROIT

A l’occasion des 10 ans du droit à l’eau, un collectif de plus de 30 associations a lancé la campagne « L’eau est un droit ! ». Son objectif ? Mobiliser le gouvernement français et interpeller les candidat.e.s aux élections municipales en France au travers d’un Manifest’eau de 5 recommandations clés.

152 élu.es municipaux sont signataires de ce Manifest’eau en Métropole et en Outre-Mer, dont 52 maires (dont Bordeaux, Tours, Poitiers, Lyon, Grenoble, Lille, Rennes). L’enjeu est grand, car les collectivités ont les compétences et les leviers pour agir pour l’eau sur leur territoire : installations de fontaines à eau, de toilettes et douches publiques, tarification sociale et progressive de l’eau, renforcement de la participation citoyenne dans la gestion de l’eau. Des dispositifs existent aussi pour une action à l’international au travers de projets de solidarité décentralisée pour l’eau et l’assainissement, notamment via le 1% solidaire eau.

Au niveau national, une mobilisation politique forte doit émaner du gouvernement afin d’intégrer les droits humains à l’eau et à l’assainissement dans la législation interne et mobiliser les collectivités en faveur des droits à l’eau et à l’assainissement en France (notamment en facilitant la mise en place d’un chèque eau au niveau national). A l’international, la France, autrefois championne en matière de solidarité internationale pour l’eau, doit être le fer de lance dans la mise en oeuvre du droit humain à l’eau et à l’assainissement au travers d’une Aide Publique au Développement (APD) ambitieuse et efficace pour le secteur de l’eau.  

CONTACT PRESSE Coalition

Edith Guiochon : edith.guiochon@coalition-eau.org  / 01 70 91 92 69

A PROPOS

La campagne « L’eau est un droit ! » rassemble un collectif de plus de 30 associations engagées sur les enjeux essentiels du droit à l’eau et à l’assainissement et mobilisées pour sa mise en oeuvre effective, en France et à l’international.

Plus d’informations sur le site internet de la campagne : leauestundroit.fr 

CHIFFRES CLES DE L’ACCES A L’EAU ET A L’ASSAINISSEMENT

DANS LE MONDE :

  • 1 000 enfants meurent chaque jour de la diarrhée, causée par un accès inadéquat à l’eau, l’assainissement et l’hygiène. (Factsheet drinking water, OMS)
  • 1 établissement de santé sur 8 n’a pas de service d’eau, ce qui impacte près de 900 millions de personnes
  • 1 établissement de santé sur 5 n’a pas de service d’assainissement – affectant plus de 1,5 milliard de personnes
  • D’ici à 2050, jusqu’à 5,7 milliards de personnes pourraient vivre, au moins un mois par an, dans des zones en pénurie d’eau

EN FRANCE :

  • Plus de 870 000 personnes en métropole n’ont qu’un accès limité à des installations sanitaires (en grande majorité en zones urbaines). (JMP OMS/UNICEF 2019)
  • Plus de 235 000 personnes vivent à la rue ou dans des habitats de fortune (Rapport 2019 de la Fondation Abbé Pierre)
  • 80% des squats et bidonvilles en métropole n’ont aucun accès à l’eau (enquête Novascopia, Programme national de médiation sanitaire, 2015)
  • En Guyane : 35 000 personnes n’ont pas accès à des services d’alimentation domestique en eau potable gérés en toute sécurité et 26 000 personnes n’ont accès qu’à des installations sanitaires non améliorées (JMP OMS/ UNICEF 2019)
  • À Mayotte : 41 000 personnes n’ont pas accès à des services d’alimentation domestique en eau potable gérés en toute sécurité (JMP OMS/UNICEF 2019)